
Anciennement nommé « Lerra Fluvius », le Couesnon prend sa source dans la commune de Saint-Pierre-des-Landes en Mayenne, à la fontaine de « Couesnette » à 200 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Le Couesnon
est une de ces nobles rivières dont les bords ont été le théâtre de grands événements : c’est la limite ancienne de la Bretagne et de la Normandie, c’est le plus grand fleuve de l’Avranchin
, c’est lui qui, dit-on, a donné le Mont Saint-Michel à la Normandie :
Le Couesnon par sa folie
A mis le Mont en Normandie.
C’est un fleuve fréquemment cité dans les vieux documents et associé à de grands noms et à de grandes choses : c’est un cours d’eau, et, à son embouchure, un estuaire qui a sa grandeur et son caractère. Il ne sera donc pas hors de propos de lui consacrer une part dans cette histoire de Pontorson et de l’Avranchin.
La plus ancienne mention que nous connaissions du Couesnon
date du VIIIe siècle, et elle se trouve dans une de ces histoires de ferveur religieuse, qui remplissent une époque dont le vrai caractère se retrouve dans les « Vies des Saints ». Elle se rattache en même temps à Avranches.
Saint Josce, S. Judocus, parent des Regnauldières, seigneurs d’Avranches, avait refusé la couronne de Bretagne, que son frère Judicael lui avait offerte, ou du moins avait demandé huit jours pour réfléchir. Il était dans le monastère « quod Lanmailmon nominatur », où il avait appris les lettres. Un jour il vit venir onze voyageurs. Lorsqu’il leur eut demandé où ils dirigeaient leurs pas, ils répondirent qu’ils allaient à Rome. A cette parole, Jodoce, qui était encore laïque, sans aucun retard, prenant un bâton et ses tablettes, les suivit et prit la même route. Dans leur marche, ils arrivèrent à un fleuve qui « dicitur Cosmun ». L’ayant promptement franchi, ils firent clerc Jodoce, l’homme de Dieu. Lorsqu’ils eurent fait cela, continuant leur route, ils vinrent à une cité qui est appelée Avranches, et ils y séjournèrent. Gervais et Protais, seigneurs des Regnauldières, ne purent retenir leur cousin. Il partit avec les voyageurs, et s’arrêta dans le Ponthieu, qui était un horrible désert.
G. de Jumiège cite le Couesnon : « Non longe a fluvio Coisnon castrum quod vocatur Caruel ».
Au XIe siècle, dans son expédition en Bretagne, Guillaume-le-Bâtard
, accompagné de Harold
, fit passer à son armée les grèves à l’embouchure du Couesnon. La Tapisserie de la reine Mathilde le représente à cet endroit avec cette légende : « Venerum ad flumen Cosnonis. » Harold, grand et fort, retire les soldats enlisés : « Et Haroldus trahebat eos de arena ».
Benoit de Sainte-Maure
, trouvère du XIIe siècle, cite le Couesnon en plusieurs endroits :
Tant unt erré que sur Coisnon
Furent tendu leur pavillon.
… Et Normant unt passé Coisnon…
… Ferma sur Coisnon un chatel
Qui mult fu gent e fort et bel.
Robert Wace
, trouvère du même siècle, l’Homère des Normands, le mentionne plusieurs fois :
Un chastel ferma sur Coisnun…
… Et la terre marine dechà duskà Coisnon…
… De Genez de si a Coisnon
Et la rivière d’Ardevon.
Le chantre de Philippe-Auguste, G. Le Breton, poète latin du XIIIe, limite Avranches par le Couesnon : « Abrincas… Finibus à Britonum quas limitat unda Coetni ». C’est ce nom que lui donne encore Mabillon : « Pontem Orsonis ad fluviolum Coetnum ».
Son pont, jeté sans doute sur un gué romain, pont mi-normand, mi-breton, où Duguesclin
et Clisson
s’embrassèrent, où Richemont
et son frère, le duc de Bretagne, se rencontrèrent, ce pont, témoin de tant de prouesses, mérite d’être signalé. S’il avait trois arches au Moyen-Age, il en a six maintenant. Il était de bois en 1698, selon la « Statistique de M. Foucault » pour cette époque. Jeté hors de l’axe de la route, il semble, comme d’autres ponts de l’Avranchin, destiné à la battre en flanc. Il est décrit dans le « Traité de la construction des ponts », avec ces notules : « Pi. cint. 6 arches de 3,6 à 4,4 d’ouverture. Ancien. Largeur 6,1. Total des ouvertures : 22,9. Surface du débouché : 17 ».
L’étymologie de Pontorson est une des plus évidentes des étymologies topographiques. C’est un fait général que les constructeurs de ponts, pontifices, ont donné leur nom à leur ouvrage : ainsi, sans sortir de la Normandie, Pontaubault, Pons Alboti, Pontaudemer, Pons Aldemari, Pont-l’Abbé, Pons Abbatis, Pont-Gilbert, Pont-Bellanger, Pont-Brocard, Pont-Farcy… Orson, Urson, sont des noms essentiellement normands : ils sont nombreux dans le Domesday, où l’on remarque entre tous Urso vicecomes. La latinité constante de ce mot en détermine nettement les élémens, Pons Ursonis. Du temps de Froissart et de Monstrelet, ils n’étaient pas encore fondus en un corps de mot : le premier de ces deux chroniqueurs écrivait Pont-Urson, et le second Pont-Orson. Un ancien géographe écrit même Pont-d’Orson.
Canalisation du Couesnon
- 1800 (13 août) – Projection de la construction du canal de détournement du Couesnon.
- 1805 – Début des travaux.
- 1806 – La marée de septembre comble le fossé creusé qui était presque terminé !
- 1856 – L’État concède 4 350 hectares à la Société MOSELMAN et DONON qui en échange, devait créer un chenal.
- 1867 – Le Couesnon est enfin canalisé.
- 1877 – Rectification du cours au Pas-aux-Bœufs.
- 1882-1883 – Amélioration avec la coupure du Païlma.
Anecdote : lorsque vous traversez le Couesnon, vous n’êtes pas encore en Bretagne ! Depuis nos rives du Couesnon, la Bretagne est à 1.5 km après le fleuve… Voir plus loin, au niveau du Mont-Saint-Michel.

Le Mascaret du Couesnon

Le curieux phénomène du mascaret s’observait dans le Couesnon, deux jours avant et deux jours après les syzygies, pendant les grandes marées de 100 à 115.
La mer, en refoulant les eaux douces, formait une barre composée de plusieurs vagues ondulées et écumeuses, qui s’avançait avec la vitesse d’un homme à la course, et qui se faisait entendre de fort loin en se heurtant sur le rives.
Le niveau s’élevait tout à coup de plusieurs décimètres, et le mouvement continue pendant une heure, comblait rapidement à pleins bords le lit de la rivière.
Le Couesnon dans la Tapisserie de Bayeux
Le Couesnon apparaît aux scènes 17/18 de la Tapisserie de Bayeux
. C’est le Duc Harold
qui sauva deux Normands du Couesnon. Il est écrit précisément sur la Tapisserie :
ЄT HIC : TRANSIЄRVNT : FLVMЄN : COSNONIS :
HIC : hAROLD : DVX : TRAhЄBAT : ЄOS : DЄARЄNA
ЄTVЄNЄRVNT AD DOL : ЄT : CONAN :- FVGA VЄR TIT :- RЄDNЄS
Et ici ils traversent le fleuve Couesnon
Ici le Duc Harold les tire hors du sable
Et ils arrivent à Dol et Conan s’enfuit à Rennes

La chanson du Couesnon
Fête de Quartier de Pontorson, le 11 septembre 1949. Sur l’air de : O Saint Hubert, patron des grandes chasses…
I
Petit Couesnon, ô ma vieille rivière !
Toi qui coulais jadis avec fracas,
Tes eaux grises cheminaient dans nos terres,
Pour se jeter sur les grands bancs là-bas.
Pourquoi faut-il qu’aujourd’hui tu te traînes,
Tel un fantôme, à travers les herbiers ?
Que t’a-t-on fait, petit fleuve que j’aime,
Pour que tu sois devenu si fluet ?
II
Une grande ville de la Bretagne
Pompe tes eaux comme un vampire géant
Et chaque année, sur toi, le sable gagne,
Comblant ton lit de ses grands bras mouvants.
Tes eaux claires chaque jour disparaissent,
Pour laisser place à ce limon vaseux.
Tu n’es plus, maintenant, que bouillabaisse
Et tes amis en sont bien malheureux.
III
Poissons de mer et poissons de rivières
Peuplaient tes eaux, en toutes les saisons.
L’anguille, la truite se cachaient dans tes pierres,
Plie et saumon, carpe, tanche et gardon.
Les chasseurs, amateurs de sauvagine,
Sur tes bords trouvaient canards à foison,
Les grands fusils tiraient la bécassine,
Sarcelle, vanneau, courli et morillon.
IV
Gens de Beauvoir, Pontorson, du Mont même,
Unissons-nous pour lui porter secours.
Nous reverrons les gardons et les brêmes,
Nous reverrons les baigneurs, aux beaux jours.
Car, tout n’est pas perdu, vieille rivière !
N’entend-on pas parler d’un beau projet ?
Ce grand projet n’est plus une chimère,
Viv’ le Couesnon, le saumon, le mulet !
