Le Temple Protestant

Situé entre les rues du Prêche et Montgomery, le culte protestant fut introduit à Pontorson en 1590 par Gabriel II de Montgommery , le seigneur ayant réussi à s’emparer de la ville face aux ligueurs.

Montgommery avait marié l’une de ses filles, Charlotte, Dame Douairière de Beaufort et du Plessis-Bertrand à Christophe Ier de Chateaubriant de Beaufort, seigneur, protecteur des huguenots de Saint-Malo. Le premier Pasteur est Jacques Mahaut (mort en 1593), se partageait entre les communautés de la région malouine et de Pontorson.

Les protestants de l’époque vivaient dans une zone stratégique face aux îles anglo-normandes et leurs protecteurs féodaux, ce qui les exposaient lourdement lors des conflits menés lors des guerres de religion. Le seigneur Gabriel de Montgommery, en 1574, et le comte Christophe Ier de Chateaubriant, en 1569, y laissèrent leurs vies.

Rare témoin monumental d’une importante page de l’histoire de la Normandie, le temple de Pontorson est le seul édifice protestant de la Manche antérieur à la Révocation qui soit parvenu jusqu’à nos jours. Il est situé à peu de distance de l’église Notre-Dame-de-la-Paix. Il était jadis un bâtiment isolé et situé en bordure d’un enclos ; c’est ainsi qu’il figure sur le plan cadastral de 1814 et qu’il est encore décrit par l’Abbé Jallobert en 1891.

C’est un édifice de plan rectangulaire, d’un seul vaisseau, construit en moellons de schiste, la pierre de taille de granit étant réservée pour les chaînes d’angles, les contreforts et les encadrements des baies : à l’exception des deux baies modernes dont les encadrements sont en briques. La toiture, à deux versants, est en ardoise mais était peut-être en schistes auparavant.

Le bâtiment est épaulé de six contreforts : quatre contreforts sur l’angle et deux contreforts médians. Des chaînes ornent la partir supérieure des angles et on notera le soin avec lequel est taillée la pierre de liaison entre chaîne et contrefort. L’entrée principale, détruite par l’ouverture d’un porte moderne, devait se trouver sur le mur du pignon Ouest. Elle était surmontée d’une grande baie en arc brisé largement ébrasée qui subsiste encore. Chacun des murs gouttereaux était percé d’une porte centrale à linteau droit chanfreiné et de deux fenêtres en arc brisé également largement ébrasées. Au Nord, ces ouvertures ont été comblées, tandis qu’au Sud, elles ont été modifiées. Le mur oriental n’est pas visible actuellement. La toiture, dont la charpente ne semble pas ancienne, est pourvue de deux lucarnes. À l’intérieur, le mur Sud est creusé d’une piscine carrée.

Agréé comme public après l’édit de Nantes, il est utilisé comme temple protestant jusqu’à l’interdiction de ce culte et l’exil de son pasteur, Pierre Paris, vers Guernesey en octobre 1623, après la vente sous contrainte de Pontorson par Gabriel II de Montgommery en 1621. Le culte est rétabli quelques mois et définitivement supprimé en 1626 face aux protestations des catholiques, les protestants de Pontorson étant autorisés à établir leur prêche à Cormeray.

Le prêche échappe aux destructions du XVIIe siècle. Il est vendu en 1719 à Jean Oursin, secrétaire du roi, et transformé en entrepôt au prix d’importantes mutilations.

Il est fort probable que ce bâtiment ait connu un autre usage avant de devenir temple protestant. L’église étant proche, on pense qu’il aurait pu s’agir d’une ancienne grange à dîme. D’autres pensent qu’il pourrait être une chapelle du prieuré (Sainte-Marie ?) de Pontorson.

Il est inscrit au titre des Monuments Historiques par arrêté du 4 mai 1988. Il est racheté par la ville de Pontorson qui par une délibération en date du 21 septembre 1993, en confie la réhabilitation à l’Association de sauvegarde du prêche et du patrimoine local de Pontorson.

Retour en haut