
Classée monument historique depuis 1889, l’église est une antique demeure, vouée à Notre-Dame (située Place de l’Église). L’édifice se compose de styles divers : pur roman, roman de transition, gothique du XIIIe et gothique du XVe.
Eudes II de Blois (le Champenois) aurait fait bâtir l’église de Notre-Dame, qui porte à la tour (ou au clocher) la date de l’an MX.
Sa construction pourrait être au début de l’an mille (1004-1005 ?) : sans doute au décès de sa femme Mathilde (fille du Duc Richard II). Cela reste malheureusement des suppositions…
Cela reste contraire à ce que nous entendons régulièrement : « L’église Notre-Dame
de Pontorson serait construite sur les Voeux de Guillaume le Conquérant suite à son passage dans le Couesnon… ». Sauf qu’il passa dans le secteur de Pontorson que vers 1064 (voir Tapisserie de Bayeux) : soit bien après la construction supposée de l’église.
Sa construction a connu plusieurs étapes :
- Entre 1050 et 1120 : le chœur, les croisillons et les bases de la tour. Le vitrail du chœur, situé à droite de l’ancien autel, rappelle l’heureux passage du Couesnon par ses hommes en danger d’enlisement.
- De 1120 à 1150 : la nef avec ses demi-colonnes engagées dans les murs, ses travées carrées et croisées d’ogives à la voûte auxquelles se rattachent les pignons de l’Ouest et les trois portails.
- En 1220 : l’autel primitif situé au fond du chœur daterait de cette époque. Il serait contemporain au cloître gothique du Mont-Saint-Michel
. C’est une simple table de granit posée sur une pierre d’angle et deux colonnettes. Le tabernacle est placé à gauche de l’autel, creusé dans le mur du chevet. Il est fermé par une belle grille en fer forgé, de même que l’armoire oblongue qui l’avoisine et qui sert maintenant de reliquaire. A droite de l’autel primitif, le vitrail est une reproduction d’un fragment de la tapisserie historique de la Reine Mathilde
, conservée au musée de Bayeux
. À l’intérieur de la nef, resplendissent quelques chapiteaux animaliers à peine indiqués, mais très beaux. Les dalles de granit que l’on foule sont des pierres tombales provenant de l’ancien cimetière qui entourait autrefois l’église (certaines sont datées). - De 1381 à 1418 : concerne la partie gothique. On perce la grande fenêtre du chœur afin d’obtenir plus de clarté dans l’édifice. On procède ensuite de même dans les croisillons Nord et Sud. On surélève le pavé du chœur et on aménage une gracieuse crédence pour la desserte du maître-autel.
- Vers 1400 : on construit la chapelle Saint Jean, parallèle au chœur, avec lequel elle communique par une arcade gothique. En 1402, le seigneur Robert MONFLARD et son épouse font sculpter le magnifique retable qui ornemente le fond. Taillé dans la pierre blanche, il retrace en 22 compartiments la « Passion du Christ et sa Résurrection ». Au moment des guerres de religion et lors de la Révolution a eu lieu une mutilation systématique de toutes les têtes des personnages. Ce fut une splendeur, à en juger par les vestiges qui demeurent. Les Pontorsonnais l’appelaient le « Retable des Saints Cassés ».
- En 1627 : on édifie le beffroi gothique, clocher « à bâtière » bien Normand, qui ne sera achevé que cette année là. Deux chapelles ogivales flanquent la nef au Nord et au Sud.
- En 1853 : à l’entrée du transept gauche se trouve le lutrin à l’aigle impérial, en bois sculpté et doré. Il a été fait par Piel, à Martigny.
- Vers 1700 : une Vierge en bois du XVIIIe, vénérée sous le vocable de Notre-Dame, située dans la petite chapelle Nord, au dessus de l’autel, mérite aussi d’être remarquée. Elle échappa à la mutilation pour avoir été coiffée du bonnet phrygien par un astucieux bourgeois de la cité, qui la présenta aux « sans culottes » comme Marianne, la personnification vénérée de la première République.
La façade Ouest, flanquée de deux tourelles romanes avec sculptures variées, est unique en Europe, au dire des archéologues. Commencée en 1974, la restauration intérieure de cet édifice a été achevée au mois de mai 1976.
La rénovation de l’extérieur de l’église (façade, toitures, chapelle nord, chœur, sacristie, nef…) fut achevée de 2018 à 2022.


Le mystérieux tympan de la porte sud…

Sur son portail méridional (Sud), on y trouve un énigmatique tympan, où on remarque une sculpture représentant un homme et un oiseau… D’autres y voient même une sculpture Maya !
En réalisant une petite recherche sur internet, nous y trouvons les termes suivants :
- Guide du Routard 2021/2020 : « …tympan, une image énigmatique… » ;
- Les Épinettes : « Certains historiens y on vu la fable de Prométhée. »
- WikiManche : « …signification reste mystérieuse encore aujourd’hui. »
Mais mystère il n’y a peut-être pas !
Dernièrement en lisant les 279 pages de l’ouvrage de V. RUPRICH-ROBERT (1820 – 1887) – Architecte et inspecteur général des monuments historiques, intitulé « L’architecture Normande aux XIe et XIIe siècles en Normandie et en Angleterre ». À la page 221, j’ai trouvé l’information suivante :
« Au douzième siècle, nous voyons encore se produire, dans des centres éloignés, des images tout à fait primitives, nées sous le ciseau de simples tailleurs de pierres n’ayant pas la première idée du dessin de la figure humaine. Telle est celle du tympan de la porte au sud de la nef de l’église de Pontorson, qui représente un personnage bizarre, vaincu sans doute par le péché, sous la forme d’un oiseau se hissant après lui, et prêt à le dévorer. Il n’y a là qu’un symbole, qu’une pensée, exprimée de la façon la plus abrégée. »
Il s’agirait, en fin de compte, juste d’une tentative de dessin d’un tailleur de pierre malhabile !