L’ancienne ville fortifiée sur le Couesnon à la frontière entre la Normandie et la Bretagne !

La plus ancienne mention authentique que nous connaissions de Pontorson est dans un acte du Cartulaire de Saint-Georges de Rennes de 1031, dans lequel Havoise, Haduissa, mère d’Alain III, duc de Bretagne, donne : « donationi quemdem molendinum situm apud Pontem Ursi et quamdem portionem terre quam habebam vicinam ville Sancti Georgii que vocatur Vilers » (au don d’un moulin à vent situé à Pontorson et d’une partie du terrain que j’avais à proximité dans la ville de Saint George qui s’appelle Vilers). Pour qu’un moulin existe et soit suffisamment établi pour être mentionné dans une donation, il faut évidemment un site occupé et organisé avant 1031 avec habitants, activité économique, et probablement un franchissement du fleuve « Couesnon ». Vous remarquerez que je ne parle pas du Capitaine Orson, car il n’y a aucun document à ce jour qui indique son existence et une possible relation avec la création de notre ville.
N’oublions pas aussi notre ancienne motte féodale encore visible entre la rue des Bordeaux et de Gaulle qu’on appelait jadis « Le Vieux Chastel » (en limite avec le territoire de Caugé).
Toutefois, selon Louis TANGUY (publiée en 1842 dans les Mémoires de la Société d’archéologie d’Avranches), en 1014, Richard II donna la ville de Pontorson et la moitié de Dreux à Mathilde, sa sœur : je n’ai pas trouvé de document relatant cette donation.
Entre 1033 et 1048, nous trouvons un document intéressant concernant notre pont sur le Couesnon : Riwallon Ier de Dol (Capra Canuta) est chargé par l’abbaye du Mont Saint-Michel de la garde et de la défense du « locus » (lieu) appelé Pontorson. En échange, Riwallon, sa femme et ses enfants sont accueillis dans la « societas » monastique et associés au bénéfice spirituel et matériel. Voici le texte : « Vir enim iste nobilissimus, magna cura ac diligentia res Sancti Michahelis custodire ac defensare se promittit penitus precipueque locum quem Pontem Ursi vocamus suo tutamine atque fiducia aedificare coepimus. » (Car ce noble homme, avec beaucoup de diligence, promet de garder et de défendre les affaires de Saint-Michel, en particulier l’endroit que nous appelons Pont de l’Ours (Pont-orson), que nous avons commencé à construire avec sa protection et sa confiance) – Original autrefois aux Archives départementales de la Manche, détruit en 1944, copie dans les Archives départementales du Calvados, F 5276.
Le duc Robert, père du Conquérant, bâtit le château et l’église de Pontorson, et fit de cette forteresse un des anneaux de cette chaîne de défense contre la Bretagne qu’il établit depuis le Mont-Saint-Michel jusqu’à Saint-Hilaire. Henri Ier, fils du Conquérant, fit rebâtir, en 1135, « ex integro in margine provinciae » (entièrement, à la frontière de la province), le château de Pontorson, d’après Robert du Mont.
En 1137, Geoffroy d’Anjou, se préparant à assiéger cette place, vit venir à lui les habitants qui lui en apportaient les clefs : il y reçut les seigneurs bretons qui reconnurent son autorité, et lui proposèrent de se charger de la garde de la ville. Henri II fit réédifier le château : « Rex perrexit ad Pontem Ursonis et divisit ministris suis et ordinavit quomodo castrum illud reedificaretur » (le roi se rendit à Pontorson et distribua des instructions à ses officiers, et il ordonna comment ce château devait être reconstruit).
En 1158, de passage au Mont Saint‑Michel, Henri II Plantagenêt se rend Pontorson et organise la remise en état de la forteresse : « Ipsa die perrexit ad Pontem Ursonis, et divisit ibi ministris suis et ordinavit quomodo castrum illud resedificaretur » (ce même jour, il se rendit à Pontorson, y répartit les charges entre ses officiers et ordonna de quelle manière ce château devait être reconstruit).
En 1162, Aquilin du Four, le gouverneur, fut chassé par les habitants qui se plaignaient de ses pillages : « Remoto Aquilino de Fumis de castello Pontis Ursonis… Henricus rex idem castrum ad tempus commendavit Roberto abbati de Monte » (après avoir écarté Aquilin du Four de la garde du château de Pontorson… le roi Henri confia ce même château, pour un temps, à Robert, abbé du Mont). Le roi Henri II remit ce titre à Robert du Mont, abbé du Mont-Saint-Michel. C’est à Pontorson que ce prince arrangea sa trêve avec Guiomark.
En 1171, il fut détruit par le feu : « An. 1171 castrum Pontis Ursonis combustum est » (En l’an 1171, le château de Pontorson fut incendié) dit Robert de Torigni. C’est sans doute à la suite de cet incendie que l’église fut rebâtie. En cette année, Henri II resta quinze jours à Pontorson pour préparer son expédition contre les Bretons. Le même prince donna, comme nous l’avons dit, une charte relative aux églises de Pontorson, dans laquelle on remarque ce passage : « Quare mando vobis quod si epus Abr. eis aquam benedictam ad opus illarum ecclesiarum dare noluerit, vos ipsos eis dare ne eeclesie castelli mei quod nuper firmavi sine officio divino permaneant » (C’est pourquoi je vous ordonne que, si l’évêque d’Avranches refuse de leur donner l’eau bénite pour l’usage de ces églises, vous la leur donniez vous-mêmes, afin que les églises de mon château, que j’ai récemment fortifié, ne restent pas privées du service divin).
Le château de Pontorson figure dans un Rôle de l’Échiquier pour 1195 : « G. Duredent reddit compotum in liberatione 10 servientium peditum morantium ibidem de eodem termino 32 liv. 5s. » (G. Duredent rend compte du paiement pour la solde de dix sergents à pied séjournant en ce lieu, pour le même terme, [d’un montant de] 32 livres et 5 sous).
Dans les XIIe siècle, Pontorson formait une Prévôté, « Praeositura », qui relevait du roi. Les Comptes de l’Échiquier pour 1198, nous font connaître les dépenses faites, au nom de Henri II dans cette Prévôté, qu’un compte anglais, W. de Salisbury, avait possédée à titre de ferme royale. En cette année l’exécution de la justice y avait coûté 2 liv. 9 s., et certaines sommes avaient été accordées pour des réparations : « In reparandis pontibus et calceia et domibus castri de Ponte Orsonis » (Pour la réparation des ponts, du chemin empierré et des bâtiments du château de Pontorson). Isabelle ou Elle, fille de W. de Salisbury, fut mariée par le roi à son frère naturel, dit Longue-Épée, qui posséda dès lors les biens de sa femme en Normandie. Les termes du rôle de 1198 prouvent qu’il avait tenu Pontorson du droit de la couronne. Sous le règne suivant, des terres lui furent assignées en Angleterre pour la place de Pontorson jusqu’à la valeur de 1 300 liv., et le roi rentra en possession de cette place. Les Salisbury revinrent quelques siècles après reconquérir leurs domaines primitifs, et Shakespeare put dire à Henri V : « Et vous, Salisbury, vous aurez reçu de profondes blessures dans les champs de la France et teint de votre sang les plaines de la Normandie ».
Dans le XIIIe siècle, dans la conquête de Philippe-Auguste et les guerres de la minorité de Saint-Louis, Pontorson dut être le théâtre de plusieurs affaires. Toutefois, nous n’avons pas de documents précis sur cette période. Nous trouvons pour ce siècle, dans le Cartulaire du Mont, une charte d’exemption pour les bourgeois de Pontorson : « Ricardus abbas Montis S. Michaelis… noverit universitas vestra quod omnes burgenses de Ponte Ursonis et eorum heredes intra clausinam murorum residentes sunt liberi, quieti et immunes per totam terram nostram et semper fuerunt ab omnni costumia passagio pasnagio in dioeesi Abrinc » (Richard, abbé du Mont Saint-Michel… que sache votre communauté (universitas vestra) que tous les bourgeois de Pontorson et leurs héritiers, résidant à l’intérieur de l’enceinte des murailles, sont libres, exempts et immunisés dans toute notre terre, et l’ont toujours été, de toute coutume, de tout péage et de tout droit de panage dans le diocèse d’Avranches).
En ce siècle, pour la quatrième année du règne du roi Jean, nous trouvons des lettres de ce prince relatives à Pontorson : « Rex, etc., precipimus tibi quod Stephanus Lastur quarto balistariorum peditum qui sunt apud Pontem Ursonis sicut aliis de Marchia liberaciones suas habere faciat … rex, etc., Senescallo Normannie, etc., mandamus vobis quod de 200 liv. andegav. quas misistis Hugonis de Culunce apud Pontem Ursonis ad firmandam villam et ad milites ibidem tenendos faciatis habere dilecto fratri nostro comiti Sarisberiensi 84 liv. andeg » (Le roi, etc., au sénéchal de Normandie, etc. — Nous vous ordonnons que, des 200 livres angevines que vous avez envoyées à Hugues de Culunce à Pontorson pour fortifier la ville et pour y entretenir des chevaliers, vous fassiez remettre à notre cher frère le comte de Salisbury 84 livres angevines).
Lors de l’attaque de Gui de Thouars sur le Mont-Saint-Michel où, selon Dom Lobineau , « il brûla les tours de bois et de pierre jointes par de bonnes courtines de la même matière », les Bretons, après être allés jusqu’à Caen, furent renvoyés jusqu’à Pontorson par Philippe-Auguste , effrayé du zèle de ses alliés. En 1232, Ranulf , comte de Chester, prit cette ville, la rasa et la brûla. En 1233, le roi l’acquit en donnant des terres à Henri d’Avanjour. Mais le XIVe siècle, celui de Duguesclin et de Clisson, et surtout le XVe furent féconds en événements qui illustrèrent cette place.
En 1233, nous retrouvons dans un inventaire de titres conservés au Mont, un document mentionnant la cession par Gautier Meinfrei de deux jardins « in calceia de Ponte Ursonis » (sur la chaussée de Pontorson). Pareil en 1235, charte relative à « tout le tenement qui contient six jardins situés à La Gravette et autres tenements » à Pontorson (C. Hamonis de Bree de toto tenemento quod continet sex ortos sitos in la Gravete… Pons Ursonis 1235).
En 1309, le roi (Philippe le Bel) confirme l’organisation de la prévôté de Pontorson et ses exemptions. Mentionne les relations avec l’abbaye du Mont Saint‑Michel « Philippus… concedimus quod prepositus Pontis Ursonis… ».
En 1356, sous le règne de Jean II le Bon, le château et la ville de Pontorson sont signalés comme points d’appui de la défense normande. Car il est mentionné dans les Comptes du Trésor : allocations « pour fortifier le chastel et la ville de Pontorson ».
C’est à Pontorson qu’en 1379 se rassembla l’armée avec laquelle Duguesclin commença les hostilités contre la Bretagne. Le château de Pontorson fut donné en 1370 à ce même Olivier de Clisson à titre d’engagement pour ce que le roi lui devait : « Donatio Castri et Castellaniae Pontis Ursonis facta domino de Clisson constabulario donec pagatus fuerit ».
En 1373, Pontorson cité dans les chroniques de Bertrand du Guesclin. Dans les Chroniques de Cuvelier, Pontorson apparaît comme un verrou stratégique entre Normandie et Bretagne « Et le connestable vint devant Pontorson, qui estoit en la main des Anglois… ».
En 1379, Beaumanoir se prépara à faire des courses en Normandie : son armée alla jusqu’à Pontorson où le roi de France avait rassemblé des troupes pour les faire entrer en Bretagne ; mais le duc d’Anjou proposa une trêve qui fut acceptée. En 1393, Charles VI sanctionna les privilèges que Henri II et Charles V avaient octroyés à Pontorson.
En 1380, le roi ordonne le paiement de gages à la garnison de Pontorson « …aux gens d’armes et archiers de nostre chastel et ville de Pontorson… ».
En 1400, Charles VI envoya le duc d’Orléans à Pontorson pour y conférer avec les seigneurs de Bretagne. Il les reçut dans cette ville et négocia avec eux, mais inutilement, pour obtenir la personne de Jean de Montfort.
Le XVe siècle, l’époque de l’occupation anglaise, est le plus riche en événements pour la ville de Pontorson, sous les murs de laquelle se heurtent les Français, les Bretons, les Anglais, et où le Mont Saint-Michel amasse les gens de guerre et multiplie les rencontres. Dans le siècle précédent, Duguesclin et Clisson s’étaient rencontrés sur le pont de cette place ; le duc de Richemont et son frère le duc de Bretagne s’y rencontrèrent aussi au commencement du siècle suivant. Richemont, celui qui fut connétable de France et qui expulsa les Anglais de Normandie, avait été fait prisonnier à Azincourt, et était resté en captivité jusqu’en 1420. Sur sa parole il vint à Pontorson qui avait été pris par les Anglais en 1419, voir les seigneurs bretons et resta loyal chevalier.
Pontorson avait été pris par les Anglais dès 1417, et ils y avaient établi pour gouverneur Jean de Gray auquel succéda Jean de Mautravers. En 1419, le roi Henri V nomma G. de La Pôle capitaine de cette place et lui donna : « Officium castri et ville de Pontorson ac turrium super pontem ». En 1424, Jean de La Haye, baron de Coutances, défit les Anglais dans les grèves du Mont-Saint-Michel, dans une rencontre que nous avons racontée ailleurs. Pontorson fut repris sur les Anglais en 1426. Le duc de Bretagne alla avec son frère, le connétable de Richemont, assiéger Saint-James, « après avoir, dit dom Lobineau, pris et razé Pontorson occupé par les Anglois ». Alors se livrèrent, dans ses environs, deux combats importants, en 1426 et 1427. Le premier est raconté en détail par le secrétaire du connétable de Richemond, et le second par Monstrelet, qui était contemporain, et Hollingsbed, historien anglais, qui vivait deux siècles après l’événement. Après la bataille de Formigny, Pontorson retomba aux mains des Français. En 1449, « En l’an mil quatre cent quarante neuf, le chastel et ville de Pontorson se rendirent au roy de France ». Afin d’éviter une nouvelle occupation anglaise, Charles VIII aurait ordonné la démolition partielle des fortifications de Pontorson en 1487 (Par ordonnance du roy fut abattu le chastel de Pontorson, pour la seureté du pays). Enfin, en 1489 le roi de France fit passer en Bretagne, par Pontorson, 5 000 hommes de pied.
Lors des premiers symptômes des troubles religieux du siècle suivant, les catholiques prirent leurs précautions. Matignon écrivait au roi en 1562 : « Dans les troubles du pays, tels qu’ils sont aujourd’hui, il convient de laisser 30 hommes à Pontorson. » En 1570, il demandait encore le même nombre de soldats pour cette place. Mais les événements qui suivirent augmentèrent beaucoup son importance. Dans la première guerre de religion, quand s’unirent en Basse-Normandie, Montgommery, Colombières, Brecey et deux gentilshommes Manceaux, Davaines et Deschamps, des partisans leur arrivèrent de toutes les provinces. Un d’eux fut surpris en chemin par la Villarmois, qui lui fit couper les bras et les jambes. Comme on craignait l’entrée des Bretons en Normandie, Davaines et Deschamps s’acheminèrent vers la Bretagne pour couper les ponts du Couesnon et de la Sélune. Montgommery se rendait dans l’Avranchin et Colombières, s’emparait de Coutances.
Dans ces guerres de religion de la fin du XVIe siècle, Pontorson joua un rôle important. Cette ville, boulevard du Calvinisme de Basse-Normandie, en face de la catholique Bretagne, eut pour gouverneurs les Montgommery, et après la paix fut une des places de sûreté laissées aux Protestants. Elle fut assiégée en 1580, et ce siège fut signalé par la mort de Louis De La Moricière de Vicques, le chef des catholiques de l’Avranchin , celui qui avait repris le Mont-Saint-Michel sur les Calvinistes, l’Hector de l’Homère de Poilley. De Vicques avait déterminé le duc de Mercœur, chef de la ligue en Bretagne, à venir assiéger Pontorson qui était à Montgommery, le chef des Calvinistes du pays. La ville fut investie par les deux chefs catholiques du côté de la Normandie, le 20 septembre 1580. Montgommery avait sous ses ordres un capitaine nommé La Coudraye qui avait autrefois servi sous De Vicques. Celui-ci ayant un jour demandé aux assiégés si La Coudraye était avec eux, il parut bientôt et De Vicques voulant lui faire voir un renfort qu’il avait reçu de Saint-Malo, lui proposa de venir dîner le lendemain avec lui. La Coudraye répondit qu’il demanderait la permission au gouverneur. Le jour suivant, De Vicques étant retourné à la tranchée fit demander si La Coudraye était sur les murs : il répondit lui-même, et exigea que De Vicques parlât, afin qu’il pût sur sa parole aller dîner avec lui. Le chef catholique sortit alors de la tranchée, et le capitaine protestant sortit de son côté de ce qu’on appelait alors le Corridor de la Contrescarpe, et se précipita sur son adversaire, qui était devenu son hôte. Celui-ci, surpris, mit l’épée à la main, mais il ne fut suivi que de trois de ses gens, et tous les quatre restèrent sur le terrain, après s’être défendus avec un grand courage. L’épée et le chapeau de De Vicques furent portés en triomphe dans la ville par les assiégés. Dès le lendemain, tous les Normands se retirèrent, et le duc de Mercœur fut obligé de lever le siège quelque temps après.
Après la paix, Pontorson fut une des places de sûreté laissées aux Calvinistes, et, plus tard, une des quatre-vingt-dix-sept que Louis XIII retira de leurs mains. Claude Malingre a gravé les deux tours de son château parmi les images de ces places fortes, en regard de son texte. Aussi, selon Masseville, en 1621, le roi ayant appris que Gabriel Montgommery avait fait fortifier Pontorson, dont il était gouverneur, lui fit proposer de se défaire du gouvernement de cette place en l’en dédommageant. Le comte y consentit, et on y établit Blainville. En 1627, après la prise de La Rochelle, Louis XIII fit démolir les fortifications. En 1636, Pontorson fut le théâtre des excès des Nu-Pieds, qui y renversèrent la maison de S. Genys.
Un gentilhomme de Pontorson, un Godefroi de Ponthieu, fut gratifié par Louis XIV des droits honorifiques de l’église paroissiale qui était du domaine royal, droits dont ses successeurs ont joui jusqu’à la Révolution. Il avait sauvé la vie du roi et des princes que leurs chevaux emportaient sur le pont de la Fère. Il s’était élancé et avait coupé les traits à coups d’épée. On a remarqué que, sans lui, la branche aînée des Bourbons aurait été détruite. Sous ce prince fut établi le camp dit de Pontorson : il était fort de 8 000 hommes que commandait le frère du roi, Philippe de France, et il était destiné à la surveillance des côtes de Bretagne et de Normandie.
En 1793, Pontorson vit passer et repasser l’émigration vendéenne. A son retour du siège infructueux de Granville, elle fut attaquée à l’entrée de cette ville par les républicains qui furent défaits. Nous avons raconté ailleurs cette bataille qui se termina dans les rues de Pontorson. Limite de la Normandie, Pontorson, dans la période révolutionnaire, fut un centre autour duquel se livrèrent beaucoup de combats de partisans et de chouannerie, et un lieu de sûreté où quelques familles des campagnes cherchèrent un asile. En 1815, lorsqu’on eut à craindre que ces guerres ne recommençassent, c’est à Pontorson que fut arrêté par un homme courageux le général d’Autichamp et plusieurs gardes-du-corps.
Dès-lors Pontorson n’a plus d’histoire. Chef-lieu de canton, avec le titre de ville, elle jouit de tous les éléments de l’administration contemporaine, ne se distinguant des autres localités de même ordre que par son célèbre hospice d’aliénés. Elle n’a guère conservé du passé que ses armes qui sont la peinture de son site avec de nobles attributs : « De gueules, au pont de trois arches d’argent, à la rivière de sable, sommé d’un écusson du même, semé de neuf fleurs de lis d’or et accosté de deux cygnes ».
A Pontorson, près de l’église, est né en 1764 un homme, qui appartient plus à la Bretagne par ses ouvrages et sa vie qu’à la Normandie, l’abbé Manet, qui fut chef d’institution à St-Malo. Ses principaux ouvrages sont : « l’Histoire de la Petite-Bretagne », et un livre érudit couronné par la Société de Géographie : « De l’Ancien État de la Baie du Mont Saint-Michel », dans lequel la topographie bretonne a la plus grande part. L’auteur est le principal partisan de la forêt de Scicy, thèse hasardée à laquelle il a consacré une érudition estimable, mais étrangère aux sources antiques et originales. Il légua 100 fr. de rente aux pauvres de sa ville natale.